Un Internaute m’écrit : « Le commentaire de « Vidal-Naquet » [pseudonyme d’un contradicteur] que vous avez mentionné dans votre dernière vidéo m’a troublé. Les révisionnistes affirment que les Juifs déportés à partir de 1942 étaient expulsés vers l’Est. Or, « Vidal-Naquet » souligne que les 400 000 Juifs hongrois déportés au printemps et à l’été 1944 « ne pouvaient pas être relocalisés à l’Est étant donné l’importante avancée soviétique ». Les révisionnistes peuvent-ils répondre à cet argument de bon-sens ? »

Cher Internaute, vous trouverez cette réponse dans l’imposante étude de MM. Mattogno, Graf et Kues consacrée aux camps de l’Action Reinhardt : The « extermination camps » of « Aktion Reinhardt ».

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Le chapitre 7 est tout entier consacré à la politique d’expulsion vers l’Est. Il est intitulé : « Où ils sont allés : la réalité de la relocalisation ». La septième partie s’intéresse plus précisément au sort des Juifs déportés en 1944 (cf. p746). Les auteurs rappellent qu’en juillet 1944, les Allemands occupaient encore les trois États baltes. Fin 1944, malgré l’avance soviétique, ils contrôlaient toujours l’Estonie ainsi que les parties ouest de la Lettonie et de la Lituanie. Or, des études démontrent qu’en mai et en juin 1944, des Juifs hongrois furent envoyés dans ces régions. L’objectif était de les faire travailler à des travaux de fortification. Les auteurs ajoutent que d’autres Juifs hongrois inaptes au travail, parmi lesquels des petits enfants, furent déportés à Strasshof et placés malgré tout dans des camps de travaux forcés (cf. pp747-748).

À mon avis, ce placement résulte de l’improvisation qui régnait dans la dernière année du conflit. Quoi qu’il en soit, ces Juifs ne furent pas exterminés. Pour qui connaît les travaux révisionnistes, l’argument avancé par « Vidal-Naquet » ne saurait donc être définitif, loin s’en faut. Certes, Carlo Mattogno, Jügen Graf et Thomas Kues concèdent que le sort de ces juifs déportés vers l’Est reste encore entouré de larges zones d’ombre. Toutefois, ils affirment qu’en l’état actuel de la documentation, la thèse de leur extermination par gazage est intenable (cf. p754).

À ce sujet, notez la tournure employée par « Vidal-Naquet » : les révisionnistes, dit-il, ne sont jamais parvenus « à démontrer (…) l’impossibilité technique des gazages homicides de masse. » Pardon, mais c’est inverser la charge de la preuve : c’est aux exterminationnistes de démontrer que les « chambres à gaz » homicides furent construites et fonctionnèrent, permettant l’assassinat de centaines de milliers de personnes. Pourquoi cette inversion de la charge de la preuve ? Pour une raison très simple. « Vidal-naquet » mentionne le camp de Treblinka : « Treblinka, écrit-il, était un terminus, les wagons repartant dans l’autre sens et ne possédant pas d’installation d’hébergement. » Dans un premier temps, je répondrai que les révisionnistes ont consacré un ouvrage entier à ce camp : Treblinka, transit camp or extermination camp? .

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Le chapitre IX le présente comme un camp de transit. Les auteurs mentionnent des témoignages de déportés qui sont passés par Treblinka avant d’être transférés ailleurs, très souvent à Majdanek. Ils citent en outre un jugement d’après-guerre qui soulignait : « on dit que plusieurs milliers de personnes déportées à Treblinka sont arrivées dans d’autres camps » (cf. pp284-285).

Même s’ils sont loin d’être définitifs, ces documents (et d’autres) fragilisent l’argument brandi par « Vidal-Naquet ». La thèse de Treblinka camp de transit ne saurait être écartée d’un revers de la manche. Cependant, j’irai plus loin : quelle preuve a-t-on que ce camp n’aurait possédé aucune installation d’hébergement et, surtout, qu’il aurait été doté de « chambres à gaz » homicides ? Pour répondre, cher Internaute, je vous invite à consulter un ouvrage nullement suspect de révisionnisme et paru en 2016 : Violences de guerre, violences de masse de J. Guilaine et J. Sémelin. Un chapitre est consacré aux fouilles récentes effectuées à Treblinka.

On lit : « Jusqu’ici, les description de Treblinka ont été fondées, de manière presque exclusive, sur des sources qui n’ont pas permis d’apporter des données concluantes dans divers domaines : (…) l’agencement des camps, l’emplacement des fosses communes et des structures majeures telles que les chambres à gaz (…). Des témoignages conflictuels mais surtout des plans différents dressés par les témoins n’ont pas résulté en un consensus sur ces questions. (…) nous ne disposons que d’une histoire partielle de Treblinka. » (cf. p261)

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p261

Et d’ajouter : « Après la guerre, les recherches ont été limitées. (…) seules des études et des fouilles préliminaires dans certains endroits avaient été réalisées, en l’espace de quelques jours (…) et l’histoire officielle s’est bornée à suggérer que les nazis avaient détruit toutes les traces de leurs exactions. » (cf. p263)

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p263

Bref, jusqu’en 2010, on ne savait rien, ou presque, du camp de Treblinka. Est-on plus avancé aujourd’hui ? Non… La suite de l’article rapporte que les fouilles ont permis de mettre au jour « plus de cent structures » (cf. p268) , parmi lesquels plusieurs baraquements. L’auteur affirme qu’il s’agissait de salles de déshabillage et d’un faux hôpital. Affirmations gratuites : on pourrait tout aussi bien parler de locaux d’hébergement et d’une véritable infirmerie…

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p268

Cela dit, venons-en aux « chambres à gaz ». L’auteur parle d’une structure découverte, mesurant 22 m sur 15 m : « Des témoignages ainsi que des documents d’archives suggèrent qu’il pourrait s’agir des anciennes chambres à gaz. Afin de le confirmer, une petite tranchée expérimentale a été creusée au centre de la structure en 2013 ». (cf. pp268-270). Bien. Et quels ont été les résultats ? « Une grande quantité de matériaux de construction a été retrouvée dans cette zone, en particulier des carreaux de céramique orange et jaune portant une étoile et les lettres D et L sur l’envers. » (cf. p270)  S’agit-il de restes attestés d’une chambre à gaz ? Non là encore.

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p270

Deux carreaux sont montrés. La légende porte : « Carreaux de céramique (…) provenant probablement des anciennes chambres à gaz » (cf p269). « probablement » : on n’en sait donc rien.

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p269

J’ajoute que si Treblinka fut un camp de transit, alors il devait être doté de locaux sanitaires : ces carrelages pourraient donc en provenir… On ne peut non plus exclure qu’ils aient été utilisés soit à l’hôpital, soit dans une cuisine, car il fallait bien cuisiner, déjà pour nourrir l’équipe des gardiens. Bref, ces deux carreaux ne sont pas la preuve d’une extermination de masse par gazage. L’auteur parle ensuite « d’autres fouilles de petite envergure entreprises pour tenter de localiser les nouvelles chambres à gaz » (cf p. 270). Ont-elles été couronnées de succès ? En guise de réponse, notre archéologue explique : « Il est (…) possible qu’une partie des matériaux de construction retrouvée près de la surface soit issue des nouvelles chambres à gaz dont on pense qu’elles étaient situées non loin. » (cf p. 271) Autrement dit : malgré leurs sondages, les chercheurs n’ont pas pu localiser les prétendues « nouvelles chambres à gaz ».

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p271

Quant aux restes humains découverts, ils « n’étaient pas enterrés dans des fosses communes, ils étaient dispersés et n’avaient jamais été inhumés. » Les « constatations, précise l’auteur, démontrent que tous les restes des victimes n’étaient pas incinérés, contrairement à ce que suggèrent les sources documentaires. » (cf p. 272)

J. Guilaine et J. Sémelin, Violences de guerre, violences de masse, éditions La Découverte, 2016, p272

Dès lors, de quoi s’agit-il ? À mon avis, il s’agit de pauvres gens décédés lors de leur déportation, au moment où le camps allait fermer. Quand on connaît la conditions dans lesquelles ces déportations furent menées, la mort de nombreux juifs au cours de leur transport ne surprend pas. Bref, nos archéologues ont échoué à démontrer que Treblinka aurait été un camp d’extermination de masse avec chambres à gaz. Ils nous promettent des fouilles complémentaires avec, au final, la parution d’un livre. Cet ouvrage, je l’attends. « Vidal-Naquet » s’avance donc bien imprudemment quand il affirme que Treblinka ne possédait aucune installation d’hébergement et que 900 000 juifs y auraient été exterminés. Je ne dis pas que ses arguments sont ineptes : j’affirme juste qu’ils ne sont pas définitifs et que les révisionnistes y opposent d’autres explications à prendre en compte. Son refus obstiné du débat est donc illégitime : à mon avis, il trahit une peur. Notez d’ailleurs le ton arrogant qu’il ne cesse d’utiliser. Or, l’enseigne Dokhampa : « L’esprit paisible est détendu, confiant, et ne ressent nul besoin d’être arrogant ».

L’arrogance de « Vidal-Naquet » le trahit : l’assurance qu’il affiche est de façade : au fond de lui-même, il est inquiet, agité, tourmenté. Parce qu’il sait ses arguments bien moins solides qu’il ne le prétend…