Le 17 avril dernier, j’ai reçu le courriel suivant :

Bonjour Vincent,

Après une longue réflexion et une bonne discussion avec ma copine, j’aimerais te (je me permet de te tutoyez tout en espérant que tu le fasses avec moi aussi) proposer de vivre avec nous au Québec. Je suis propriétaire d’un grand immeuble […]. J’habite avec ma conjointe qui est enceinte et une petite fille d’un an et demi environ. Je te propose une chambre, gratuite ou en partie, selon ce qui te semble juste et équitable, en échange de quelques services comme enseigner à moi (j’adore la philosophie, la physique et les mathématiques, j’ai un diplôme en biotechnologie et en génie chimique sans travailler dans ce domaine) et/ou mes enfants et s’occuper d’une petite serre que je prévois construire cet été. […]

On est de bons chrétiens (j’ai un peu plus la foi qu’avant) très conciliants. La chambre est dans un grenier aménagé à l’opposé d’où ma petite famille habite. Elle est très grande même si le plafond est bas et elle est isolée du reste de la maison. Tu aurais donc ton intimité lorsque tu la veux. Dis-moi ce que tu en penses… Je ne connais pas les lois d’immigration d’ici et si le fait de ton casier judiciaire influencerait toutes ces démarches. Aussi, j’ai une devise : “Les bonnes personnes désobéissent aux mauvaises lois.’’ Je suis donc prêt à trouver les failles du système qu’il faut pour pouvoir aider un homme de bien.

Bonne journée, [S . R.]

J’y ai répondu ce qui suit :

Chers Amis,

Je vous remercie de tout cœur pour cette proposition qui me touche au plus haut point. C’est vraiment très, très gentil à vous. Vous donnez -là un magnifique exemple de solidarité militante qui doit être un exemple pour tous. Vous avez toute mon admiration pour cela…

L’ennui est qu’étant condamné à de la prison ferme, tout comme en 2010, au moins un mandat d’arrêt européen doit avoir été lancé contre moi par la France. Par conséquent, au moindre contrôle d’identité lors du passage d’une frontière d’un pays européen (ou lié par des accords aux polices européennes), je serai immédiatement arrêté et déporté vers la France. Voilà pourquoi un avocat londonien m’a recommandé de rester en Angleterre et de n’entreprendre aucun voyage, même en Irlande (à cause des contrôles d’identité au port ou à l’aéroport). Pour l’heure, je reste donc terré ici, un peu comme si j’étais assigné à résidence. Certes, il s’agit d’une prison dorée et je ne me plains pas ; mais il est parfois douloureux de ne pouvoir rendre visite ni à ses vieux parents, ni à ses amis.

Dans cette situation, il m’est hélas impossible de me rendre au Québec pour avoir le plaisir de faire votre connaissance et profiter de votre offre si gentille. J’aurais tant aimé pourtant… Il se peut toutefois que la situation évolue. Car tout évolue… Dans ce cas, je n’hésiterai pas à sauter dans le premier avion pour venir faire votre connaissance. Ce sera pour moi une grande joie.

Dans l’attente de ce jour, je vous adresse, à vous, à votre amie, à votre petite fille et au futur bébé, tous mes vœux de réussite.

Avec toute mon amitié,

Vincent